Ces volontaires angevins ont laissé leur cœur au Sénégal

Enseignants à la retraite, Michel et Armelle Banchereau habitent à Thorigné d’Anjou, près du Lion d’Angers. En 2007, année de la retraite, ils s’envolent pour le Sénégal pour remettre sur pied deux écoles. Un voyage qui va bouleverser leur vie.
« Nous étions impatients de partir. L’occasion s’est présentée grâce aux sœurs de Saint-Charles, à Angers, qui nous ont mis en relation avec un prêtre de là-bas », relate Michel Banchereau qui avec son épouse Armelle, s’envolent en 2007 pour un an au Sénégal, dans le cadre très structuré de la Délégation catholique la coopération (DCC).
L’abbé Gérard Ndiène, curé de Thiadiaye à 145 km à l’est de Dakar, leur donne une « feuille de route » : remise sur pied de deux écoles mais aussi pédagogie et formation des enseignants.

Des jeunes du Lion d’Angers accompagnent Michel Banchereau en 2012

« Sur place, il y avait tout à faire »

En 2007, le soir de leur arrivée au village de Thiadiaye, en pleine tempête, le délicieux dîner d’accueil est agrémenté... de beaucoup d’insectes. L’abbé Ndiène lance aux voyageurs : « si vous survivez à cela plus de huit jours, alors c’est gagné ! ». C’est qu’il y a tout à faire : l’école de Tattaguine n’a plus de salle... pour tout abris, une petite cabane ressemblant à « un appentis pour chèvres ».

Après la construction d’une classe en tôle, aidés par les enseignants, Michel et Armelle mettent en place l’opération « Une pierre pour mon école » relayée par d’anciens collègues d’Anjou. Puis ils sollicitent l’association « Parrainage sans frontières » et reçoivent une aide du Rotary Club de Dakar. Cette large mobilisation permet de construire en 2008 deux classes en dur et d’acheter des livres de lecture.
En 2009 l’abbé Ndiène fait de nouveau appel au couple. Grâce aux dons de la fondation Orange et de la Sonatel (Orange au Sénégal), de nouvelles classes et des sanitaires sont construits à Tattaguine. Deux écoles dites ‘communautaires’, c’est-à-dire qu’elles ne reçoivent le soutien ni du diocèse ni de l’état.
Leur seule source de revenus vient des parents. Quant aux enseignants, ils ont le niveau lycée et pour eux, faire la classe assure un « signe de reconnaissance » et un faible revenu régulier. Leur formation pédagogique nécessite un suivi : « Depuis la construction des écoles, nous revenons chaque année », dit Michel Banchereau. Mais, en parallèle du suivi des écoles, une autre aventure les attend.

Des membres de l’association "Parrainage sans frontière" en visite au Sénégal en 2010

Un établissement pour handicapés... d’une incroyable vétusté

En 2015, une religieuse de Saint-Charles met le couple en contact avec Théophile Diouf, responsable de l’établissement « la grâce de Dieu » et porteur lui-même d’un handicap. Lors de la première visite, c’est la stupéfaction : situation financière catastrophique, suivi médical inexistant. Michel et Armelle Banchereau se tournent cette fois-ci vers l’association angevine « Entraide missionnaire Anjou », afin de faire bénéficier aux enfants et adultes de fauteuils et de prothèses. Mais il reste tant à faire.
Parmi toutes ces difficultés, des pépites brillent de ci de là... un enseignant de la langue des signes a permis à des parents de « renouer le lien avec leur enfant sourd-muet. Par ailleurs, les parents des enfants nous ont beaucoup remerciés ; les Sénégalais sont d’un tempérament très joyeux » se réjouit Michel Banchereau avant de reconnaître que des erreurs ont pu être commises : « nous avons pu nous méprendre parfois sur l’extrême pauvreté de ces familles, une pauvreté que nous n’avions pas imaginée ».

« Notre regard sur l’Afrique a totalement changé »

Un regard bouleversé sur l’aide humanitaire... Si les Occidentaux apportent du matériel scolaire en croyant bien faire, comment les boutiques locales de papier et de fournitures vont-elles continuer à vivre ?
« Nous les avons aidés un temps. Et après ? », se questionne Michel Banchereau avec inquiétude. Lors de la dernière messe avant de quitter la mission, le père de Thiadiaye s’est adressé à Michel et Armelle Banchereau en ces termes : « Vous avez beaucoup donné de vous-même au Sénégal. Vous repartez, mais vous y laissez votre cœur. »